Quelle différence entre crowdfunding et crowdlending ?

Entrepreneur consultant son ordinateur dans un atelier, réfléchissant aux options de financement participatif
27 février 2026

« Je veux lancer une campagne de crowdfunding, mais on me parle aussi de crowdlending. C’est pareil ? » Cette question, je l’entends au moins trois fois par semaine. La confusion est totale. Pourtant, choisir le mauvais mode peut vous coûter cher : soit vous vous engagez sur des remboursements impossibles, soit vous distribuez des récompenses qui mangent votre marge. Faisons le tri.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées des plateformes ne préjugent pas des résultats futurs. Consultez un conseiller financier pour votre situation spécifique.

L’essentiel sur crowdfunding vs crowdlending en 30 secondes

  • Crowdfunding classique = don avec ou sans contrepartie. Pas de remboursement. Idéal pour projets créatifs ou communautaires.
  • Crowdlending = prêt participatif. Vous remboursez avec intérêts (6-10% en moyenne). Pour TPE établies avec trésorerie prévisible.
  • Equity crowdfunding = entrée au capital. Vous cédez des parts. Pour startups ambitieuses acceptant la dilution.
  • Mon conseil : si vous hésitez entre don et prêt, posez-vous une question simple. Vos clients préfèrent-ils un bon de réduction ou un placement rémunéré ?

Crowdfunding, crowdlending, equity : ce que cache chaque terme

« Le crowdfunding, c’est quand des gens donnent de l’argent gratuitement pour soutenir un projet. » Faux. Cette définition que j’entends partout est une simplification dangereuse. Le terme anglais « crowdfunding » recouvre en réalité trois mécanismes radicalement différents. Confondre les trois, c’est risquer de s’engager sur des obligations qu’on ne maîtrise pas.

Le don avec ou sans contrepartie : le crowdfunding au sens strict

Le modèle historique, celui d’Ulule ou KissKissBankBank. Vos contributeurs vous donnent de l’argent. En échange, soit rien du tout (don pur), soit une contrepartie : produit en avant-première, expérience exclusive, remerciement personnalisé. L’avantage ? Aucune dette. Les fonds collectés sont acquis. L’inconvénient ? Vous devez honorer vos promesses de contreparties, et ça peut vite coûter cher en logistique si vous sous-estimez les frais d’envoi.

Dans les dossiers que j’accompagne, je constate que les porteurs de projet oublient souvent de chiffrer le coût réel des contreparties. Un t-shirt « offert » à 500 contributeurs, c’est 5 000 à 8 000 € de fabrication et d’expédition. À intégrer avant de fixer votre objectif.

Le prêt participatif : quand vos contributeurs deviennent créanciers

Le crowdlending change complètement la donne. Ici, vos contributeurs ne donnent pas : ils prêtent. Avec intérêts. Vous vous engagez contractuellement à rembourser selon un échéancier défini. Le baromètre des taux 2026 Argent et Salaire indique une moyenne de 10,18% pour les prêts participatifs aux entreprises. C’est plus cher qu’un crédit bancaire classique, mais l’accès est souvent plus rapide.

Soyons clairs : le crowdlending crée une dette. Mensualités à honorer, pénalités en cas de retard. Si votre trésorerie est fragile, c’est un risque réel. Le bilan Boursorama du secteur en 2024 note un taux de défaut PME de 4 à 6%, contre 2 à 4% l’année précédente.

L’entrée au capital : l’equity crowdfunding pour les projets ambitieux

Troisième forme, moins connue : l’equity crowdfunding. Vos contributeurs deviennent actionnaires. Ils achètent des parts de votre société. Pas de remboursement, mais une dilution de votre capital. Si vous détenez 100% de votre entreprise et levez 20% en equity, vous ne détenez plus que 80%. Et vos nouveaux associés ont potentiellement un droit de regard sur vos décisions.

Le plafond réglementaire à connaître

Depuis le règlement européen 2020/1503, les plateformes agréées PSFP peuvent collecter jusqu’à 5 millions d’euros par projet sur 12 mois. Au-delà, d’autres cadres réglementaires s’appliquent.

Deux professionnels en discussion dans un espace de coworking, échangeant sur un projet de financement
Comprendre les différences entre don, prêt et capital avant de choisir sa plateforme

Crowdfunding vs crowdlending : le match en 6 critères

Les définitions, c’est bien. Mais comment choisir concrètement ? J’ai identifié six critères qui font vraiment la différence au quotidien. Pas la théorie des manuels, mais ce qui compte quand vous montez votre dossier.

Voici le récapitulatif qui compare les trois modes selon des critères opérationnels. Chaque ligne présente un aspect pratique souvent négligé dans les comparatifs classiques. Ces informations vous permettent d’identifier rapidement la formule adaptée à votre situation.

Don, prêt ou capital : comparatif en 6 critères
Critère Don/Récompense Crowdlending Equity
Obligation remboursement Aucune Oui, avec intérêts (6-10%) Non, mais dividendes possibles
Impact trésorerie mensuelle Nul après campagne Mensualités fixes 12-60 mois Nul sauf dividendes
Dilution capital Aucune Aucune Oui (10-30% typique)
Montant typique 5 000 – 50 000 € 20 000 – 500 000 € 100 000 – 2 000 000 €
Effort communication Très élevé (animation quotidienne) Modéré (dossier financier) Élevé (pitch investisseurs)
Délai mise en place 2-4 semaines 3-6 semaines (analyse financière) 2-4 mois

Pour une TPE cherchant un accompagnement structuré dans sa démarche de financement alternatif, des solutions comme le crowdfunding pour entreprise proposent un cadre méthodologique qui évite les erreurs de débutant.

Quel financement participatif pour vous ?

  • Si vous avez une communauté engagée + projet créatif/associatif :

    Privilégiez le don avec contrepartie. Vos fans veulent soutenir, pas investir.
  • Si vous êtes TPE établie + besoin trésorerie 10 000-100 000 € :

    Le crowdlending est souvent plus adapté. Vos clients préfèrent un rendement à un goodie.
  • Si vous êtes startup + levée >100 000 € + acceptez la dilution :

    L’equity crowdfunding vous ouvre l’accès à des investisseurs particuliers motivés.
  • Si vous n’avez pas de communauté + besoin urgent :

    Franchement, un crédit bancaire classique sera plus rapide et moins exigeant en communication.
Artisan dans sa boutique vérifiant son inventaire, représentant un porteur de projet financement participatif
Le choix entre don et prêt dépend aussi de la relation avec votre clientèle

Quel financement participatif pour votre projet ? Mon avis selon votre situation

L’erreur que je vois le plus souvent ? Des porteurs de projet qui choisissent le crowdfunding « parce que c’est à la mode » sans se demander si leur communauté est prête à jouer le jeu. Soyons clairs : une campagne participative réussie demande un effort de communication considérable. Comptez 2 à 4 heures par jour pendant toute la durée de collecte.

Thomas, restaurateur : de l’échec en don au succès en crowdlending

J’ai accompagné Thomas, 38 ans, restaurateur à Montpellier, pour un financement travaux d’extension de 45 000 €. Première tentative : campagne Ulule avec contreparties (menus offerts, soirées privées). Résultat ? 60% de l’objectif seulement. Échec.

Le problème ? Ses clients réguliers trouvaient les contreparties peu attractives. « Je mange déjà chez toi toutes les semaines, pourquoi je paierais d’avance pour un repas ? » En creusant, j’ai compris que sa clientèle préférait un placement rémunéré.

Réorientation vers du crowdlending à 6,5% sur 48 mois. Objectif atteint en trois semaines. Ses habitués ont prêté en moyenne 800 €, contents de soutenir leur resto préféré tout en plaçant leur argent.

Ce cas illustre un point crucial : le financement participatif n’est pas un guichet automatique. C’est un outil qui fonctionne si votre communauté y trouve son compte. Avant de vous lancer, posez cette question à dix clients fidèles : « Tu préfères un bon de réduction ou un placement à 6% ? » La réponse vous orientera.

Quand éviter le financement participatif

Je déconseille le crowdfunding ou crowdlending dans trois situations : (1) besoin urgent sans délai d’animation de campagne, (2) absence totale de communauté préexistante, (3) projet trop technique pour être « vendable » au grand public. Dans ces cas, un crédit professionnel classique ou un prêt d’honneur sera plus efficace.

Si vous envisagez de compléter votre financement participatif par d’autres sources, prenez le temps de comparer les types de crédit à la consommation disponibles pour optimiser votre plan global.

Conseil terrain : Le baromètre 2023 FPF-Mazars indique que 2,089 milliards d’euros ont été collectés cette année-là sur les plateformes françaises. 42 plateformes ont obtenu l’agrément PSFP. Vérifiez toujours que votre plateforme figure au registre ESMA avant de vous engager.

Vos questions sur le crowdfunding et le crowdlending

Peut-on cumuler crowdfunding et prêt bancaire ?

Oui, et c’est même souvent recommandé. Une campagne réussie rassure les banques sur la viabilité de votre projet. Dans mon activité, je vois des dossiers où le crowdfunding représente 20 à 30% du besoin total, le reste étant couvert par du crédit classique. La banque apprécie de voir que votre communauté vous fait confiance.

Quelle fiscalité pour le crowdlending ?

Pour le prêteur particulier, les intérêts perçus sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30% (12,8% IR + 17,2% prélèvements sociaux). Pour l’emprunteur entreprise, les intérêts versés sont déductibles du résultat fiscal comme n’importe quelle charge financière. Pas de régime spécifique au participatif.

Que se passe-t-il si je n’atteins pas l’objectif de ma campagne ?

La plupart des plateformes fonctionnent en « tout ou rien ». Si le seuil minimal n’est pas atteint, les engagements sont annulés et les contributeurs remboursés. Vous ne touchez rien, mais vous ne devez rien non plus. Certaines plateformes proposent un mode « flexible » où vous gardez les fonds même partiels, mais c’est plus rare.

Quels sont les frais des plateformes de financement participatif ?

Selon la fiche Service-Public sur le crowdfunding, les commissions varient de 0 à 12% des fonds collectés. Comptez généralement 5 à 8% pour une plateforme de don, 3 à 6% pour du crowdlending. À intégrer dans votre objectif de collecte dès le départ.

Le crowdlending est-il risqué pour l’investisseur ?

Oui. Contrairement à un livret bancaire, le capital n’est pas garanti. Les données 2024 montrent un taux de défaut PME de 4 à 6%, en hausse par rapport aux années précédentes. Les plateformes sérieuses affichent leurs statistiques de défaut. Un investisseur averti diversifie sur plusieurs projets pour limiter le risque.

Pour sécuriser l’ensemble de votre démarche de financement, notamment si vous contractez un prêt complémentaire, pensez à consulter les services d’un courtier en assurance emprunteur qui saura optimiser vos garanties.

Précautions avant de lancer une campagne participative

  • Ce guide ne remplace pas l’analyse de faisabilité de votre projet par un expert-comptable
  • Les taux et conditions mentionnés sont des moyennes 2024-2025 et varient selon les plateformes
  • Chaque projet nécessite une étude spécifique selon son secteur, sa maturité et son besoin

Et maintenant ?

Si vous ne devez retenir qu’une chose : ne choisissez pas votre mode de financement participatif en fonction de ce qui est « tendance », mais en fonction de votre communauté et de votre capacité de remboursement. Le crowdfunding n’est pas une solution miracle. C’est un outil exigeant qui récompense ceux qui ont déjà construit une relation avec leur audience.

Votre plan d’action avant de vous lancer


  • Sondez 10 clients fidèles : don, prêt ou capital, qu’est-ce qui les motive ?


  • Chiffrez le coût réel des contreparties avant de fixer votre objectif


  • Vérifiez l’agrément PSFP de la plateforme sur le registre ESMA


  • Prévoyez 2h/jour minimum d’animation pendant la campagne

Plutôt que de vous précipiter sur une plateforme, posez-vous cette dernière question : avez-vous déjà une communauté prête à vous suivre, ou devez-vous d’abord la construire ?

Marc Levallois, conseiller en financement professionnel depuis 2018. Basé à Montpellier, il accompagne les TPE et porteurs de projet dans la structuration de leur plan de financement, incluant les solutions de financement participatif. Son expertise porte sur l'articulation entre crédit bancaire classique et sources alternatives (crowdfunding, prêt d'honneur, leasing). Il a accompagné plus de 150 dossiers de création et développement d'entreprise, dont une trentaine impliquant une campagne participative.

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